L'ÉCHANGE : LA CO-ÉDUCATION…
- Zig-Mag
- 20 juin
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« Nommer les parents donne à l'enfant une existence propre. »
On peut l'appeler coéducation ou éducation partagée : un des piliers pédagogiques de Zig-Zag est cette étroite collaboration entre professionnelles et parents dans le but de créer un espace d'accueil unique pour nos enfants. Que ce soit lors des passations quotidiennes, au café des parents ou pendant les fêtes : quand la crèche et la maison se rencontrent, les petit·es s'épanouissent.
ZM : Comment définissez-vous la coéducation dans votre pratique ?
Nathalie : D'emblée, quand on parle de la crèche à la Journée Portes ouvertes, lors du recrutement, on parle d'une crèche à gestion parentale. Il y a cette idée de collaboration qui est induite dans le fonctionnement et on explique qu'on collabore sous différentes formes : accompagner les sorties, les semaines des parents, les fêtes, le café des parents. Donc on dresse un peu le décor, on leur dit, « on est amenés à se rencontrer ».
Bani : Puis il y a les réunions, les temps d'échange entre les parents et les professionnelles.
Sandrine : On prend à cœur de créer un lien de confiance avec les parents dès la familiarisation (= adaptation), pour mieux connaître les enfants, mieux les accompagner par la suite. Et aussi pour que les parents soient sereins au moment où ils déposent leur enfant à la crèche, parce que ça peut être intimidant pour eux. C'est important que ce lien se crée à ce moment-là, ça va faciliter par la suite l'accueil de l'enfant. Et puis ça va se faire tout au long de l'année sur les transmissions, sur l'accueil du matin.
ZM : Comment est-ce que ZigZag conçoit la transmission, justement, dans ces temps d'accueil et de séparation ? Qu'est-ce que ça représente ?
Mina : On a longtemps échangé sur les transmissions pour essayer de répondre au mieux aux besoins des parents.
Nathalie : Parce que c'est le moment clé justement de la coéducation, le moment privilégié pour la question de la référence aussi. Et techniquement, on a du mal à les organiser. Un professionnel n'est pas toujours à même de dire quelque chose sur un enfant qu'il n'a pas vu toute la journée. On ne sait pas sur quoi axer les transmissions, on a besoin d'une accroche pour le dialogue. On ne sait pas comment se retrouver le soir ou le matin, comment le professionnel et les parents se retrouvent, autour de quoi. Souvent, c'est le repas, mais je pense que c'est accessoire, en fait. Je pense que c'est juste pour engager un dialogue.
Mina : Et on s'était posé aussi la question de savoir ce que l'enfant avait envie qu'on raconte à ses parents de ce qu'il se passait à la crèche. Est-ce qu'il faut que l'enfant soit présent pour qu'il entende ce qu'on dit de lui de la journée ? Ça commence avec du « il a bien dormi, bien mangé » et après, en fonction de la pro qui fait les transmissions, ça peut aussi être un moment passé avec l'enfant que l'on va raconter aux parents.
Nathalie : C'est assez compliqué parfois de se retrouver le soir. On a déjà pensé à créer un rituel du « au revoir » le soir, au même titre que le rituel du « bonjour » le matin.
Sandrine : L'enfant est dans l'émotion de retrouver son parent, mais le parent n'est pas totalement disponible parce qu'il accueille les transmissions de la professionnelle. On aimerait prendre le temps de parler avec le parent et après de laisser le parent et l'enfant prendre le temps de se retrouver.
ZM : En quoi cette co-éducation bénéficie-t-elle concrètement à l'enfant ?
Nathalie : Ça facilite la séparation pour les enfants. Quand un enfant accepte de se séparer de son parent, il peut vivre sa journée de façon plus détendue. Ça crée une ambiance plus calme : il est plus créatif, plus autonome, plus sécurisé. Donc la coéducation facilite la séparation et vous nous permettez de mieux accueillir les enfants.
ZM : Pourquoi le choix de nommer les parents ?
Nathalie : Ça aussi, ça facilite la séparation. Et puis ça donne à l'enfant une existence propre, individuelle, singulière. « J'ai tel papa, telle maman. » C'est leur donner une place singulière dans le groupe.
ZM : Souvent, lors du café des parents du vendredi, les parents et les pros discutent de l'éducation des enfants : du sommeil, de l'alimentation, des difficultés rencontrées… la coéducation passe aussi par ces moments d'échanges plus informels ?
Mina : Je pense qu'il y a une différence dans le café des parents : ici, les parents veulent partager des expériences pour peut-être se sentir moins seuls dans quelque chose qu'ils ont traversé.
Nathalie : C'est vraiment un espace de rencontre, parce que hormis les fêtes, vous avez très peu de moments où vous pouvez rencontrer d'autres parents. Le café des parents est une réponse à un manque, au départ, de temps entre parents. Mais effectivement, il y a les professionnelles qui font partie de la discussion. Ce n'était pas le but de départ.
ZM : C'est un espace privilégié de discussion, mais aussi un moment où les enfants restent plus avec leurs parents. Est-ce que ça complique autant que ça aide ?
Bani : J'ai constaté que c'est plus difficile pour certains enfants, et d'autres partent d'eux-mêmes en section même quand leur parent reste plus longtemps. Ça peut un peu perturber les séparations, mais peu à peu les enfants commencent à s'habituer.
Sandrine : On a changé un peu la configuration. Certains parents nous l'ont demandé pour éviter cette perturbation, on s'est donc questionnées sur ce qu'on peut faire pour continuer le café des parents. Avant, c'était dans l'espace du passage, devant la cuisine. On a préféré le garder comme espace de transition pour les enfants et maintenant, le café des parents se fait dans l'entrée. Finalement ça rejoint le thème de la coéducation, parce qu'il y a eu beaucoup d'échanges sur ça, ce qui a permis aussi d'avoir une continuité : ce moment-là, c'est pour les parents. Puis quand on dit au revoir, c'est un au revoir.
ZM : Comment voyez-vous la présence des parents lors de la semaine des parents, comment est-elle pensée ?
Sandrine : Je pense déjà à l'enfant, qui est content de partager un moment à la crèche avec ses parents, de montrer un peu ce qu'il fait. Qu'il y ait un souvenir aussi qui se crée dans la crèche avec son propre parent, que les copains voient les parents, que le parent existe dans la crèche. Et aussi la rencontre des autres parents.
Et peut-être pour les parents aussi de voir comment ça se passe, comment se déroule un temps d'activité, de partager ce temps avec leur enfant et avec l'équipe. Parce que ça permet aussi un échange moins formel sur l'enfance. Si le parent voit comment on fonctionne et qu'il a rencontré l'équipe, il est plus détendu au moment de laisser son enfant.
Nathalie : Et nous, on peut accompagner le quotidien de manière plus précise.
Les semaines des parents ont évolué. Au départ, c'était très structuré, on avait beaucoup d'aspirations. Au final, on a simplifié les choses, maintenant les parents peuvent venir quand ils veulent proposer quelque chose.
ZM : Cette présence peut-elle être perturbante aussi, pour les enfants ou pour les adultes ?
Nathalie : Il faut dire quand même qu'on a toutes choisi de travailler en crèche parentale. C'est un choix, on le sait dès le départ. C'est plaisant de voir les parents justement parce que ce n'est pas tout le temps. Comme c'est très cadré, ça reste agréable.
Mina : En début d'année, c'est compliqué d'avoir des parents. Parce que c'est un moment où il y a des nouveaux qui arrivent. C'est à ce moment-là qu'on travaille beaucoup la sécurité affective. Donc oui, ça peut être perturbant parfois.
Nathalie : Et puis il y a aussi les bébés en début d'année, avec des parents qui ont du mal avec la séparation. Il faut parfois mettre des limites. Mais il y a des moments où c'est possible qu'ils soient plus présents, c'est pour ça qu'il y a la semaine des parents : c'est un moment encadré où ils peuvent passer du temps à la crèche sans que ça perturbe les enfants et sans qu'ils cherchent à garder cette proximité ensuite.
ZM : Comment maintenez-vous une posture professionnelle tout en acceptant une forme de partage avec les parents ?
Mina : Ça se joue beaucoup pendant le café des parents, on trouve cette bonne distance et se sent plus à l'aise tout en sachant répondre aux questions des parents. C'est un dispositif qui enlève un peu de pression, où on se demande moins ce qu'on peut dire ou non.
Nathalie : En gardant la distance. On se tutoie, mais en même temps, on n'est pas amis.
ZM : Lors des rencontres entre parents et professionnelles, y a-t-il des conseils éducatifs qui sont importants à transmettre en fonction de l'évolution au cours de l'année ?
Nathalie : La frustration, les règles, le cadre, les limites. Ce sont des moments clés dans l'année, il faut les aborder. Mais on ne va pas dire : « Il faut faire comme ça. » On pense — et ça fait partie de notre projet — qu'on n'est pas les premiers éducateurs des enfants. Même si on passe beaucoup de temps avec eux, vous restez ceux qui initiez, qui transmettez.
Certaines professionnelles sont éducatrices de jeunes enfants, mais justement, le cœur de notre formation, c'est de nous dire : « attention, on ne détient pas la vérité ». On a une base, mais on peut juste vous transmettre ce qu'on observe de vos enfants et, à partir de ces observations, vous dire : là, on pense peut-être que vous pourriez réfléchir à ces questions-là.
On fait parfois modèle : de nous voir faire, il y a des parents qui vont dire, « c'est intéressant parce qu'on ne savait pas tout ça ». On est plus dans le soutien à la parentalité : partager des trucs et astuces sans les imposer.
ZM : Est-ce que ça peut être difficile parfois pour vous, les professionnels, d'accepter certains choix éducatifs des parents ?
Nathalie : J'ai l'impression que les enfants font la part des choses.
Mina : … entre ce qu'il se passe à la maison et ce qu'il se passe à la crèche. Quand ils arrivent ici, ils acceptent naturellement les règles de la crèche.
ZM : Face à une difficulté avec un enfant ou quand vous remarquez quelque chose / repérez un sujet sensible, comment est-ce que vous procédez ?
Nathalie : D'abord, c'est entre nous. Il y a les réunions, il y a les APP — les analyses des pratiques avec une personne extérieure, un psychologue. Il y a les réunions avec Christine, par section aussi. Et il y a les réunions avec Rose, la psychologue. Donc il y a vraiment plusieurs espaces avant d'en parler aux parents.
ZM : Donc finalement, il y a des parents qui ne seront même pas au courant parce qu'on arrive à la conclusion que ce n'est pas la peine d'en parler ?
Nathalie : Oui, quand ça n'implique pas sa santé, que ce n'est pas quelque chose de grave. Bien souvent, ce sont de petits moments que traverse l'enfant. Puis on voit que quelque chose s'est opéré, que ça a changé.
C'est aussi l'institution qui parfois génère quelque chose. Un enfant qui mord, ça peut être parce qu'il se sent en insécurité, stressé. Donc vous, à la maison, lui dire : « Non, il ne faut pas mordre », ça n'a pas forcément de sens. Donc on a besoin d'abord de réfléchir aux questions entre nous. La coéducation, c'est aussi de la prévention.
Mina : Et c'est rassurant aussi pour l'enfant de voir qu'il y a un lien entre sa référente, par exemple, et son parent.
Nathalie : C'est pour ça qu'on met les photos sur les murs. Pour que, symboliquement, vous ayez une place. Les parents sont là même en leur absence.
ZM : Pensez-vous à une expérience marquante qui illustre ce que peut apporter la coéducation ?
Nathalie : Il y a eu une situation qui s'était améliorée comme par magie. Sans rentrer dans les détails, il y avait un enfant qui mordait. On l'observait beaucoup, la séparation était très difficile. Puis en discutant avec le parent, l'enfant s'est métamorphosé. Le simple fait d'échanger sur le sujet, ça enlève quelque chose. Ce n'est pas magique, c'est finalement se sentir entendu.
Une maman du quartier me disait dernièrement « Zig Zag, j'ai le souvenir d'une petite famille ». Bien sûr, ce n'est pas réellement une famille, mais il y a quelque chose qui s'en approche dans le rapport de confiance. Les parents sentent ici que leur enfant est en sécurité. Vous sentez, je pense, que votre enfant est en sécurité.





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